mercredi 28 juillet 2010

Parc-Extension 3/5: Le Babylopont

Titre du jalon 3 : Le Babylopont


Lieu :
Passerelle désaffectée sur la rue Saint-Roch, au sud du Parc Jarry et de la voie ferrée

Description :

Inspiré par la nouvelle « La Bibliothèque de Babel » de Jorge Luis Borges, le Babylopont explore les concepts d’une architecture de répétition et d’infini. Ce projet photographique utilise comme points de départ les ponts et passerelles de Montréal, pour ensuite s’amuser avec les formes et les couleurs. Laissez votre imagination plonger dans les profondeurs des structures métalliques, promenez votre regard sur le plat des figures géométriques et construisez votre propre tour de Babel.



Parc-Extension 2/5: Le Garoson

Titre du jalon 2 : Le Garoson

Lieu :
Métro Parc — sortie Ogilvy

Description :
Le présent jalon consiste à réutiliser l'étymologie du mot gare à travers une installation visuelle et sonore. Plus précisément, il s’agit d’un cube sonore et imagé, installé au cœur du parterre dallé situé à la sortie Ogilvy du métro Parc. Sur cinq facettes du cube sont collées des images liées aux représentations de ce lieu. Le passé et le présent de la gare et du métro se raconteront au fil des surfaces du cube. À l’intérieur du cube, une bande sonore thématique (sons de train et de métro, ambiance de foule) stimule l’imaginaire individuel et collectif des participants.

GARER verbe transitif

Est d’abord un mot du vocabulaire maritime ; il ne semble pas avoir été utilisé à l’intérieur des terres avant le XVe s. (1415, guerrer) sauf (v. 1180) varer a « se défendre contre », attestation isolée en Bretagne. Le mot viendrait de l’ancien nordique °varask « être sur ses gardes », qui se rattache au germanique °warôn « veiller à, se protéger » (cf. allemand wahren), d’une racine indoeuropéenne °swer, variantes °ser et °wer « faire attention » (cf. garder, garnir). P. Guiraud établit une relation entre varer « garder un navire » et l’ancien provençal varar « lancer » et « échouer (un navire) » dont la source pourrait être le latin vara « traverse » (dérivé de varus « qui a les jambes tournées en dedans ») : on fait glisser le navire sur des traverses de bois quand on le tire pour le mettre à l’abri ; cette hypothèse n’exclut d’ailleurs pas un croisement avec garer « protéger ». La forme moderne n’apparaît qu’au XVIIe s. (XVIe s., garrer).

4 Garer a signifié (1415) « amarrer un navire » puis s’est employé par extension (1664, garrer) au sens de « mettre à l’abri un bateau », d’où viennent les sens courants actuels « se ranger pour laisser passer » (1611, dans se garer), « mettre un véhicule à l’écart de la circulation » (1865) et le sens technique de « ranger (un convoi) hors de la circulation pour laisser passer un autre convoi » (1723, se garer pour un bateau ; 1865 en chemin de fer). Au sens de « mettre à l’abri », garer s’emploie aujourd’hui sans préposition. ¯ Le pronominal se garer de (fin du XIIIe s. ; 1635, se varer à un danger) signifie « prendre garde d’éviter » (cf. la locution figurée [début XXe s.] se garer des voitures « se mettre à l’abri de tout risque »).

4Le déverbal gare n. f. a signifié « distance » (1533) et s’est dit (1690) de la partie d’une rivière, d’un canal où les bateaux peuvent se croiser, se garer. u Le mot est sorti d’usage avec cette valeur qui s’est étendue (1831) au vocabulaire des chemins de fer où les trains peuvent se croiser. ¯ De là, gare désigne très tôt (1835) l’ensemble des installations pour l’embarquement et le débarquement des voyageurs, des marchandises (on a aussi employé embarcadère, jusqu’aux années 1860). Par analogie on parle de gare maritime (1873), de gare routière, puis de gare aérienne (cf. aérogare).

Source : Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d’Alain Rey, Paris, Dictionnaires Le Robert, 1992, 1998, p. 1557.



Parc-Extension 1/5: Glossolalie

Titre du jalon 1 : Glossolalie

Lieu :

Parc Athéna et statue de la déesse Athéna, cernés entre les travées diversement linguistiques des rues Greenshields, Jean-Talon Ouest, des avenues de l'Épée et Bloomfield. (ICI)

Description :

Le parc Athéna occupe le lieu d'un confluent extrêmement riche de cultures, de langues, de noms. Entre la rue Greenshields à l'ouest (James Naismith Greenshields (1852-1937), directeur de la compagnie Park Realty Company of Montreal), l'avenue de l'Épée au nord (Charles-Michel de l'Épée (1712-1789), prêtre, fondateur français de l'Institution des sourds-muets), la grande artère Jean-Talon à l'est (Jean Talon (1625-1694), premier intendant de la Nouvelle-France, nommé par Jean-Baptiste Colbert) et l'avenue Bloomfield au sud (trois interprétations d'attribution ; famille juive d'Outremont ?), la déesse Athéna (fille de Zeus, protectrice de la Cité d'Athènes) contemple et encourage une polyglottie exemplaire de toute métropole. L'affrontement des cultures, c'est d'abord le babélisme des langages. Partout dans la ville, Babel exprime son perpétuel inachèvement à travers les innombrables idiomes qu'elle abrite, couve, sous-entend, déploie, fait combattre, fait aimer.

Le jalon « Glossolalie » souhaite suggérer ce métissage nécessaire entre les langues en réalisant un montage sonore proposé aux passants et participants à l'activité. La bande sonore est composée d'un alliage indifférencié d'extraits littéraires et de simples paroles en différents idiomes, à l'image des toponymes et odonymes qui habitent le parc Athéna et son pourtour : français québécois, français de France, anglais québéco-canadien, anglais britannique, yiddish, hébreu, grec moderne, grec ancien, et quelques autres encore. Le poème « Babel » (1983) du poète montréalais d'origine italienne Antonio D'Alfonso, polyglotte, bénéficie d'une place spéciale.

Voici comment l'écoute de ce montage est présentifiée : des écouteurs, reliés à un lecteur ordinaire, pendent au bras offert de la déesse Athéna, à hauteur d'homme. L'enregistrement est en libre écoute, et dure quelques minutes. Un panneau ou deux collés sur le socle de la statue explique le jalon et cite au complet le poème « Babel » d'Antonio D'Alfonso.

Le poème d'Antonio D'Alfonso (né en 1953) :

Babel

Nativo di Montréal

élevé comme Québécois

forced to learn the tongue of power

vivi en México como alternativa

figlio del sole e della campagna

par les franc-parleurs aimé

finding thousands like me suffering

me casé y divorcié en tierra fria

nipote di Guglionesi

parlant politique malgré moi

steeled in the school of Old Aquinas

queriendo luchar con mis amigos latinos

Dio where shall I be demain

(trop vif) qué puedo saber yo

spero che la terra be mine

(Source : Antonio D'Alfonso, L'autre rivage, Montréal, VLB Éditeur, 1987, cité dans Claude Beausoleil, Montréal est une ville de poèmes vous savez. Anthologie, Montréal, Éditions de l'Hexagone, coll. Anthologies, 1992, p. 196. Voir également le beau poème « Roma-Montréal » à la page suivante de la même anthologie.)


Quelques notes lexicologiques :

glossolalie [glɔsɔlali; glosolali] nom féminin

étym. 1866; de glosso- (langue) et –lalie (parler)

Relig. Charisme se manifestant par un don surnaturel des langues.

État extatique surnaturel dans lequel la personne émet des sons inintelligibles pour tous les auditeurs qui ne possèdent pas le don de l’interprétation.

(v. 1950) Psychol. Langage personnel utilisé par certains psychopathes ou dans un but ludique, constitué de néologismes organisés selon une syntaxe rudimentaire.

(Le Nouveau Petit Robert de la langue française 2007 — Version électronique, article « glossolalie »)

« Tous les dons de l’âge apostolique, en particulier la glossolalie et les extases, se renouvelèrent. »

(Ernest Renan, Marc Aurèle, ou la Fin du monde antique, Gallica)

« Il se livrait aux plus basses pratiques de la thaumaturgie et de la glossolalie, il n’avait de culture d’aucune sorte. »

(Anatole France, Sur la pierre blanche, Projet Gutenberg)

« Pour les pentecôtistes, le signe infaillible de la conversion est la glossolalie, le don des langues accordé aux Apôtres le jour de la Pentecôte. »

(Le Monde diplomatique.fr)